L'accident...                                                                                                                        suite
27 mai 1977


Nous étions à la veille du long week-end de Pentecôte, c'était l'anniversaire de la première voie que nous avions faite ensemble. Depuis exactement un an, notre destin était lié à la même corde. Nous allions nous retrouver à Freyr et fêter cela avec nos amis. Au téléphone, la voix de Claudio était tranquille, il était dans une forme excellente, nous avions décidé de grimper sec et, pour nous reposer, d'aller ouvrir de nouvelles petites voies dans la Paroi du Paradou, près d'Yvoir sur Meuse. - "Alors, ciao, à tout à l'heure...!"
 
Quand le crépuscule commença à descendre, Claudio n'était toujours pas arrivé à Freyr. Il était tellement imprévisible, sans doute s'était-il attardé à l'improviste. Je téléphonai chez lui, il ne répondit pas.
J'osai appeler sa mère qui alla voir s'il n'était pas dans son appartement, il n'y était pas. Je fis un tour des fenils où il nous arrivait de passer la nuit, et allai jusqu'aux Rochers du Pendu. Pas de Claudio. Le temps passait. Je me rendis dans toutes les clairières où il aurait pu monter la tente.
 
Je trouvai sa voiture parquée au départ du sentier qui mène au sommet des rochers. Alors c'était ici que ce farfelu avait monté sa tente et m'attendait ! Je pris la lampe de poche car il faisait nuit noire et partis dans le bois.Au beau milieu du sentier, je trouvai son sac,
à la sortie des nouvelles petites voies que nous devions ouvrir le jour suivant.
A gauche, dans le bois il n'y avait pas de tente, alors, je regardai à droite, me penchant au-dessus de la paroi, il n'y avait rien non plus, mais je commençais à éprouver de l'angoisse. Je courus au bout du sentier, descendis le long de la paroi et, arrivée au pied, je retournai vers le départ des voies.
Les rayons de ma lampe de poche firent briller l'acier des échelles de spéléo que Claudio employait pour nettoyer les rochers en partant du haut : il accrochait ces échelles puis descendait et progressivement arrachait les touffes d'herbe et faisait tomber les blocs instables. Je suivis la longue échelle de spéléo et à l'autre bout...

Claudio était là. Il était assuré à l'échelle avec son habituelle sangle rouge, il avait aussi sa brosse et quelques mousquetons. Sa montre marquait 4 h10.
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