La fable des pitons jaunes                                                                                               suite
   Pour répondre à la demande pressante de mon ami Claude Barbier, je désire soumettre à la collectivité quelques réflexions à propos du système des pitons jaunes, qu'il préconise avec beaucoup d'insistance depuis quelques mois.

Une remarque préalable : le problème des couleurs. Il est délicat, et il n'a pas échappé à Claude. Je sais qu'à l'origine il voulait peindre en jaune les pitons qui ne servaient pas à la progression. Mais lorsqu'il nous régala pour la première fois de son idée dans le bulletin daté du mois de mars 1964, et qui dut nous parvenir peu après, il songeait à "peindre en rouge les pitons de progression". Dans l'article suivant, la question du coloris était passée sous silence, mais aujourd'hui, il s'agirait à nouveau de "peindre en jaune les pitons qui ne sont pas indispensables pour la progression".

Ces changements fréquents risquent tout d'abord de semer le trouble dans l'esprit des lecteurs. Personnellement, il me semble, en plus, que le jaune ne constitue pas un choix fort heureux.

Certes, on peut penser que cette couleur est associée de plus d'une manière à l'alpinisme ; songeons simplement aux nombreuses arêtes jaunes, à la jaune-hisse, à John Harding, etc...
Mais que dire alors du rouge ? Toute super-direttissima qui se respecte n'a-t-elle pas son dièdre, ses dalles ou ses cheminées rouges ? Quelle est la couleur usuelle de nos cordes, bonnets, pull-overs, chemises, chaussettes ? Qui n'a entendu parler de Ravanel le Rouge ? Et personne n'ignore, j'en suis sûr, qu'Arthur Rimbaud associait le rouge à la lettre l, symbole même de la verticalité triomphante.

Et en plus, le rouge possède une qualité qui doit, dans ce cas particulier, être considérée comme tout à fait déterminante : cette couleur est automatiquement associée par nous autres citadins, à l'idée d'interdiction. On peut noter que les spécialistes de la circulation urbaine estiment que, si tant d'automobilistes brûlent actuellement les feux rouges, c'est parce que ceux-ci sont précédés par l'orange qui, lui, n'incite nullement à l'arrêt. Je crains donc que des pitons jaunes agissent plutôt comme un aimant, alors que peindre en rouge les pitons dont on peut se passer exercerait au contraire un effet de répulsion.

Mais ce n'est évidemment là qu'un détail technique sans grande importance. Venons-en à l'essentiel.

Lorsque cette idée fit ses premiers pas dans l'imagination de Claude, je la trouvais d'abord excellente, mais aujourd'hui, je ne suis plus aussi certain qu'elle le soit.
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