Message de J.M. Lechat (17 juin 2005)
Je lis dans les petites annonces de "par Monts et par Vaux" que vous vous attachez au souvenir de Claudio Barbier.
Je n'ai pas de vrai témoignage à apporter, mais, je vous félicite et vous remercie pour ce travail qui cherche à honorer celui qui reste, selon moi, le seul grand "varappeur" belge bien connu à l'étranger (le profil "alpin" de Jean Bourgeois, son contemporain, est assez différent).
J'avais 6 à 7 ans de plus que lui quand il est apparu à Freyr. Mais, j'étais un grimpeur des beaux week-ends d'été, lui un acharné des voies difficiles.
Je n'ai grimpé avec lui qu'une seule fois, et tout à fait par hasard. C'était en avril 1957, durant la semaine avant Pâques, aux rochers du Saussois (Yonne, France). Il grimpait avec un des plus grand grimpeur français du moment (un homme très costaud, (Lionel Terray?) mais son nom m'échappe, il me faudrait une liste de noms pour le confirmer avec exactitude), et notre groupe de routiers belges était fier de ce jeune belge déjà apprécié par les meilleurs français.
Je m'étais lancé dans une voie de difficulté moyenne (la Bagarre ? ou la Rech ? probablement, mais peut-être la Martine ou l'Arête du Grand Gendarme, que j'ai faites aussi, je devrais voir un topo pour préciser), mais avec une cheminée assez étroite en son milieu. Claude s'y trouve seul, comme assez souvent déjà. Il s'énerve sur cette chatière, type de passage auquel il n'a pas l'habitude de s'attaquer. J'étais à ce moment meilleur spéléo qu'alpiniste et je lui offre de passer devant.
Après quelques coincements un peu délicats, je franchis le passage et peux lui donner une assurance pour qu'il le franchisse à son tour. Il repart ensuite seul et sort la voie sans plus de difficultés. Je ne l'ai pas revu. Durant les années septante, on ne parlait que de lui dans les dolomites. J'y ai passé quelques étés et, si l'on était belge, on ne pouvait parler à des grimpeurs italiens sans qu'ils ne racontent les exploits de "Claudio". Particulièrement aux "Tre cime di Lavaredo" évidemment.
J'ai lu qu'il était mort en nettoyant seul l'aiguille du Paradou à Yvoir. (était-ce l'aiguille ou les rochers voisins ?)
Or, l'aiguille du Paradou est la toute première escalade que j'ai faite, seul aussi, en juillet 1950, mes parents louant à ce moment la vieille maison aux volets bleus au bord de la route, voisine du petit tunnel piéton qui passe sous le chemin de fer pour rejoindre les rochers du Paradou. Coïncidence curieuse, cet endroit où mon imprudence, 27 ans avant sa chute, ne s'est pas aussi mal terminée.
C'est peut-être cette similitude qui fait que j'ai gardé un souvenir si fort de lui. Bien entendu, sa réputation de "solitaire" est peut-être pour quelque chose dans le fait que l'on n'ait pas beaucoup parlé de lui et pas souhaité en faire un exemple, dangereux pour les jeunes. On pourrait peut-être vous en dire plus à ce sujet au CAB ?


Bien à vous,
Jean-Marie Lechat.
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