". un rapport tellement particulier avec la montagne."                         précédent - suite
À ce moment-là, je dis à Claude : "Ecoute, ça ne va pas, soit je mets la corde, soit je redescends." Alors Claude pique une colère épouvantable en disant : "Mais tu vas nous retarder !" Je ne comprenais pas bien parce que je ne comprenais pas encore la règle du jeu. J'allais comprendre d'ailleurs petit à petit. On s'est encordés et puis il n'a pas arrêté de me faire suer pendant les trois quarts de la paroi, parce qu'il n'y avait pas un seul clou ! Et en me disant tout le temps : "Plus vite, plus vite !". Il était horriblement "chiant".

Par contre, quand on a rejoint la voie normale, qui est très belle, en très beau rocher, alors là, à ce moment-là, Claude a sorti son appareil de photos. Il a demandé de prendre des poses, de le photographier. Pendant une longueur de corde, il y avait vraiment de très beaux surplombs. Ensuite à la descente, on se perd, et Claude ne veut pas remettre la corde. Je lui dis : "Claude, ce n'est pas sérieux, on peut planter un clou". Et puis, je me suis vraiment fâché.

Je lui ai dit : "Je fais encore dix mètres, et après cela, je te préviens, je reste là, tu me laisses la corde, tu fais ce que tu veux". Et Claude, toujours : "Pas l'temps, pas l'temps !" C'était vraiment un sale caractère... A ce moment-là, on arrive à un rappel. Cela commençait par un petit surplomb. Claude passe le premier et au moment où il met son poids sur la corde, je vois le clou qui commence à partir.

Je dis : "Claude, il y a le clou qui se barre". Très calmement, lui, remonte, regarde le clou. Il dit : "Bon, on va planter un autre clou". Et à partir de ce moment-là, je n'ai plus jamais eu de problèmes avec lui sur le fait de décider si on s'encorde, ou si on ne s'encorde pas... A chaque fois, il me regardait simplement dans les yeux, et on savait ce qu'il fallait faire. Après, il n'y a plus jamais eu d'engueulades.

D. En fait, il t'a testé le premier jour.

B. C'était quand même vachement dur. C'était du rocher complètement pourri, c'était complètement délité, et puis, moi, c'était mon premier contact. Le lendemain, on part pour Vazzoler. Il y a une petite auberge, en bas, où on mange des spaghettis. On sort de l'auberge, et on entend le propriétaire qui téléphone au refuge en disant : "Il y a Claudio et un de ses compagnons qui partent, et il est neuf heures, trois minutes, trente secondes. Top. Tu me téléphones quand ils arrivent."
Moi, je ne comprenais pas l'Italien. Claude me dit : "Bon, on y va, on y va !" Et à ce moment-là, il commence à trotter. Alors, je me dis : "Bon, trottons !" Et je lui dis :"C'est loin, le refuge Vazzoler ?" Au bout de 500 m, il me dit : "Heu non, c'est tout près, parce qu'on a décidé que c'est tout près, mais en fait, c'est assez loin."

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