L'alpinisme belge en deuil après la mort de Claudio Barbier                                    suite
Il y a quinze jours, Claude Barbier, 39 ans, un alpiniste belge de renommée internationale a disparu dans le massif du Paradou, à Yvoir. Lorsque sa fiancée l'a découvert le lendemain, au pied d'une falaise, il était toujours accroché à l'échelle qu'il descendait pour nettoyer le rocher, comme il le faisait chaque année en cette saison. L'ancrage avait dû céder au sommet. Il avait fait une chute de 40 mètres.

Samedi, en présence d'un représentant du Roi, des membres du G.H.M. (Groupe de Haute Montagne), ses amis alpinistes du club alpin, du régiment commando de Marche-les-Dames, ainsi que des grimpeurs allemands, français et italiens lui ont rendu un dernier hommage à Bruxelles.

C'est l'un de ses amis, Jean Bourgeois, alpiniste et ethnographe, qui évoque pour nous la mémoire de celui que les grimpeurs italiens des Dolomites avaient surnommé «il divino Claudio» :

Ce vendredi 27 mai, près d'Yvoir, Claudio fait du jardinage. C'est son habitude en cette saison. Armé d'une serpe, d'une scie, d'une hache et d'une brosse, il arrache tout ce qui pousse, tout ce qui éclate de vie, pour ne laisser que la blancheur de la roche mise à nu. Il faut dire que son jardin est particulier : minéral et vertical.
Cela fait plus de vingt ans que Claudio Barbier consacre son énergie au monde rébarbatif des parois rocheuses. La paroi de Fidevoie, située le long de la Meuse entre Lustin et Yvoir, lui a déjà offert quelques beau passages d'escalade. Il prépare soigneusement un nouvel itinéraire qu'il compte emprunter le lendemain, en partant du bas de cette dalle de 40 m, en compagnie de sa fiancée. L'escalade requiert un nettoyage préalable, car ce rocher rarement visité par les grimpeurs est encombré de végétation qui empêche toute progression.

Claudio a bientôt terminé son travail. Descendu par l'échelle de cordes qu'il a fixée à un arbuste au sommet de la paroi, il a déjà dégagé les prises de leur verdure. Une dernière petite corvée le retient : il lui faut épousseter les prises, encombrées de la terre que son travail de terrassier a projetée. Il fait beau et chaud. Comme souvent, Claudio est seul.

Quand le soir tombe, sa fiancée s'inquiète de ne pas le voir arriver. Elle se rend sur les lieux. Cette nuit-là, elle découvre Claudio au bas de la paroi, les bras tendus. Il est mort comme il a vécu, dans le domaine vertical des parois rocheuses. C'était là sa véritable patrie, qu'il sillonnait seul, le plus souvent.

Né à Etterbeek le 7 janvier 1938, il avait découvert l'escalade à l'âge de 14 ans.
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