QUE S'EST-IL PASSÉ À MARCHE-LES-DAMES LE 17 FEVRIER 1934 ?
2. De nombreuses anomalies...
Rappelons tout d'abord la version officielle de l'accident : le Roi grimpait seul, sans témoin ; parvenu sous le sommet de l'Aiguille dite "du Vieux Bon Dieu" (2) vers 16 h, il aurait saisi un bloc au-dessus de lui pour s'y tirer. Le bloc aurait lâché, précipitant le Souverain dans le vide. Au cours de la chute, sa tête aurait percuté le rocher. Son corps aurait ensuite rebondi et dévalé la pente sur 49 m.

Si l'on examine attentivement le dossier de cette version officielle et la manière dont l'enquête a été menée, les anomalies - réelles ou apparentes - ne manquent pas :

- On est en février, en plein hiver, et le Roi (qui a 58 ans, et qui dispose au Stuyvenberg d'un mur d'escalade bien équipé) éprouve l'envie d'aller grimper à Marche-les-Dames deux fois au cours de la même semaine : le mercredi 14 février, puis le samedi 17 février. Peu de grimpeurs s'entraînent autant, en hiver, dans les rochers belges ! Ce n'était d'ailleurs pas, semble-t-il, dans les habitudes du Souverain. Notons aussi que celui-ci ne disposait, ce 17 février, que de très peu de temps, étant retenu au palais le matin, et ayant des obligations officielles programmées en soirée. En outre, il convient de souligner qu'à cette époque de l'année, grimper dans les massifs belges est rarement agréable : le rocher y est froid, souvent humide, les prises glacent les mains et peuvent se révéler très glissantes pour les pieds…

- Peu de grimpeurs grimpent en solo dans des voies considérées comme difficiles. Et Albert avait la réputation d'être un alpiniste prudent…

- Alors que deux officiers d'ordonnance (au moins) sont à sa disposition, le Roi se fait accompagner par un valet, Théophile Van Dycke (3), qui ne sait pas conduire et qui ne connaît rien à la pratique de l'escalade. Pourquoi ce choix, qui ne semble guère rationnel?…

- Pourquoi l'accès aux rochers de Marche-les-Dames s'est-il fait depuis le plateau de Boninne ? La question a été posée. Le Roi aurait, paraît-il, garé sa voiture à l'extrémité d'un chemin carrossable, près du lieu-dit "La Fontenelle". Or, en voiture, cet accès était plus long que par Beez, où la route qui longe la Meuse permet d'arriver directement au pied des rochers ; il nécessitait en plus une marche à pied (15 minutes de la voiture jusqu'au bord du plateau, à répéter au retour), à quoi s'ajoutait une descente dans de raides ravines pour gagner le pied des voies d'escalade…

- Le Roi, après une première escalade où son valet l'avait assuré à la corde (4), aurait demandé à celui-ci de s'éloigner, d'aller l'attendre un peu plus loin (en plein bois) et de le laisser grimper seul. Sans raison précise. Cette demande d'éloignement n'est-elle pas bizarre ?...

- Plusieurs incohérences ou contradictions peuvent être remarquées dans les dépositions successives de Van Dycke. Et pourtant, de toutes les personnes qu'il dit avoir rencontrées ce jour-là lorsqu'il était à la recherche du Roi, aucune, sauf une (Joseph Jassogne), ne sera entendue pour confirmer les déclarations du valet. Et aucun devoir d'enquête ne sera effectué pour contrôler ces déclarations.
 
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